Astuces pour un coiffage en douceur des petites têtes crépues, frisées et bouclées car, non, le cheveu crépu n'est pas difficile!




Non, le cheveu crépu n'est pas difficile! Un fait que j'aimerai parfois hurler dans la rue pour le bien-être de certaines petites filles. Choquée et interloquée en voyant des petites de 3/4 ans avec des cheveux défrisés ou des rajouts, parfois même des tissages, je suis convaincue que leur mères ne se rendent pas compte de l'enjeu de ce qu'elles considèrent plus simple et de l'impact que ces gestes auront à long terme sur ces futures jeunes femmes.


Moi-même maman de deux filles, je m'attelle à prendre soin, tant bien que mal, de la chevelure crépue de MiniMoiN°1 et des cheveux frisés de MiniMoiN°2 (merci les grand-mères et la génétique!). "Tant bien que mal" car étant défrisée depuis au moins une quinzaine d'années, j’apprends aussi à entretenir le cheveu crépu, celui que je ne connais moi-même que peu. Ironique, n'est-ce pas, alors que c’est notre texture naturelle. J'évoquais brièvement les raisons de ces défrisages par ICI mais aujourd'hui je souhaite me concentrer sur le soin apporté à la chevelure de nos enfants. 


Lors de mon petit passage au salon Boucles d’Ébène qui se déroulait il y a une semaine, j'ai assisté à une conférence avec la fondatrice du salon, Aline Tacite, intitulée "Dis Maman, comment on coiffe le cheveu crépu/frisé/bouclé?" qui prend tout son sens devant beaucoup de parents souvent désemparés devant une texture de prime abord compliquée. Mais tout parait compliqué lorsqu'on est ignorant ! Alors je vous livre ici quelques pistes qui pourront j'espère vous éclairer sur la manière de mieux appréhender la séance de coiffage souvent laborieuse et source de souffrance (comme dans le souvenir de nombreuses mamans) et qui se doit d'être au contraire naturellement un moment agréable.

Aspect sociologique

La présence de la sociologue multi-casquette, Juliette Smeralda, a mis le doigt l'aspect sociologique du cheveu crépu et sur les conséquences psychologiques que certains actes dommageables pouvaient avoir sur nos enfants. 
A commencer par le problème d'identification qui passe aussi par le jeu et la difficulté, voire l'impossibilité de fournir des poupées auxquelles les jeunes filles peuvent s'identifier. Il est vrai qu'il relève du parcours du combattant de trouver une poupée noire ou métissée aux cheveux bouclés, ondulés ou crépus, alors que la jeune fille européenne n'a aucun mal à se reconnaitre en Barbie et compagnie...
Une création Karen Byrd
  
Au delà de cela, la première personne à laquelle une jeune fille s'identifie est sa mère et les figures féminines de son entourage. Elle se veut être un miroir pour l'enfant qui reproduit parfois inconsciemment les mêmes gestes et se construit sur les idéologies véhiculées par son entourage. Pourtant, et j'en suis l'exemple, comment se construire avec un message ambivalent : dire à son enfant que son cheveu est beau alors qu'on envoie le message contraire, à travers multiples artifices et traitements chimiques (tissages, défrisages, lissages, etc.) visant à le camoufler, que le cheveu crépu ne vaut pas la peine d'être montré dans son état naturel?
Pour ma part, MiniMoiN°1 du haut de ses 6 ans, m'a déjà interrogée sur le fait que mes cheveux n'étaient pas similaires aux siens. Ce à quoi j'ai brièvement expliqué  mon histoire capillaire, rappelé les dangers de cette pratique de plus en plus rare, indiquant que j'opérerai prochainement une transition pour avoir la même chevelure qu'elle et que j'en était d'ailleurs jalouse! Ce qui est vraiment le cas depuis que nos séances de coiffage ne sont plus des instants désagréables de "cassage de peigne" et/ou d' "arrachage de crâne"!


A terme, les défauts d'identifications et la dévalorisation peuvent mener à ne pas s'accepter telle que l'on est en tant que femme noire, tentant de gommer ces caractéristiques naturelles pour tenter de ressembler à tout sauf ce que l'on est supposée être (cheveu lisse, blanchiment de peau, etc.).

Loin de moi l'idée d'émettre un jugement mais le problème doit, selon moi, être pris en considération selon sa propre histoire et vaut la peine d'être posé pour le bon développement de nos jeunes filles. Cette idée se renforce en me rappelant de cette anecdote de Juliette Smeralda : une enfant noire qui avait l'habitude de jouer avec des poupées blanches, comme beaucoup, et qui les trouvaient innocemment jolies (car c’est le message que la Société lui renvoie), s'est vu proposé une jolie poupée à la peau noire, comme elle. Sa réaction : un rejet violent en jetant la poupée! Comme si les caractéristiques d'une enfant noire, comme elle-même, n'étaient pas appréciables, dévalorisants et méprisables... Une simple poupée qui en dit beaucoup sur la perception de sa propre image qui influera forcément sur la confiance en soi, le rapport aux autres et l'acceptation de son image une fois adulte.

Dangers

J'évoquais plus haut être choquée de voir de jeunes filles aux cheveux défrisées ou avec des tissages. actes anodins pour certaines mais pourtant très nocives pour des êtres en construction dont ces pratiques peuvent laisser des séquelles à terme.
A savoir que le cheveu d'un enfant n'est définitif qu'à 10/12 ans donc tout ce qui vient perturber le développement capillaire avant ce stade interfère. C’est le cas du défrisage qui, rappelons-le, est déconseillé aux enfant de moins de 12 ans comme il est indiqué sur les boites de défrisant. Celle-ci mettent pourtant en valeur des enfants de 6 à10 ans en moyenne, semblent attractives et accessibles dans nos hypermarchés mais les risques de cécité et de brulure, entre autres, ne sont inscrites qu'en tout petit...

Les coiffures trop serrées, les mèches synthétiques et tissages sont également à proscrire car à terme elles exercent une forte traction sur le cuire chevelu pour souvent à terme faire naitre des alopécies aux conséquences irréversibles.
Aussi, l'utilisation de certains agents chimiques tels que les parabens par exemple dans certains produits capillaires constituent des perturbateurs endocriniens qui traversent plusieurs générations avec, pour conséquence à long terme, un taux fécondité en baisse (les trentenaires qui peinent à tomber enceinte rapidement) ou un taux des spermatozoïdes en baisse, entre autres, car une femme porteuse de ces perturbateurs les transmet à ses enfants et même à ses petits-enfants, comme le montrent certaines études ; des agents chimiques interdits depuis plus d'une trentaine d'années ont été retrouvés chez des jeunes sujets récemment, non exposés directement à ces mêmes agents.

En tant qu'adulte et en connaissance de cause (surtout avec l'accès facile aux informations aujourd'hui), nous sommes libres de traiter notre corps comme bon nous semble et d'en assumer les éventuelles conséquences mais pourquoi condamner nos enfants qui n'ont rien demandé ? Nous avons le devoir de les accompagner vers leur vie d'adulte dans les meilleures conditions, et ça passe aussi par leur santé capillaire.


En pratique

Sachant tout cela, on fait comment concrètement? Et bien il faut déjà savoir que le cheveu crépu ne se démêle ni se coiffe JAMAIS à sec. Il a besoin d'hydratation qu'il trouve principalement dans l'eau.
Lorsqu'on ne démêle pas sous la douche, on utilise donc un petit vaporisateur rempli d'eau (minérale de préférence) ou un brumisateur. 
Le cheveu nécessite d'être nourri et hydraté, et non graissé et asphyxié comme on l'a cru pendant des années à renfort de vaseline et compagnie! Il suffit ensuite de conserver cette hydratation en la scellant avec une huile ou un beurre.
A noter également que la manipulation se fait toujours par sections, souvent 4 ou 5. Il est aussi important de rappeler que le cheveu crépu tiens sa spécificité au fait qu'il se porte plus souvent tressé, natté ou autre coiffure protectrice, et non lâché comme le cheveu caucasien. 
Voilà simplement les points principaux d'un coiffage en douceur pour un moment privilégié pour, le plus souvent, une bonne semaine de tranquillité.


Les bons outils 

Lorsqu'on comprend comment fonctionne le cheveu crépu, il est nécessaire d'en prendre soin avec les accessoires adaptés, notamment un peigne à dents larges ou, pour les crinières très frisées, une brosse à petits picots ou brosse Denman.


Il est préférable d'utiliser les produits les plus naturels possibles, dépourvus de paraben. Les plus courageuses concocteront leur propres crèmes capillaires, dont les recettes sont aisément accessibles sur la toile, chez Natural Hair Kids notamment. Certaines marques se sont spécialisées telles que Curly Q's ou Root 2 Tip par exemple.
Enfin, préférez des coiffures rapides et simples pour les plus jeunes. 

Quelques inspirations...

Plus jamais vous ne considérerez le cheveu crépu, frisé difficile ou impossible à coiffer car il est beau lorsqu'on en prend soin comme il faut et sa malléabilité permet multiples styles différents.
 
Si les très nombreux tutoriels YouTube et les recherche sur la toile ne vous ont pas suffit, sachez que des ateliers dédiés sont mis en place depuis    par Aline Tacine.

Pour aller plus loin

Quelques ouvrages de Juliette Smeralda  :

Poupée à l'image des filles afro-caribéennes :
Ou pourquoi pas le faire vous même avec ce tuto vidéo : ICI 
Et soutenir des projets de financement de production à grande échelle comme Angelica Sweeting pour la poupée Angelica, article à lire ICI. Ce genre d'initiative reste malheureusement isolé et jusque là non considéré par les grands du secteur.

Ateliers Parents/enfants (car les papas aussi coiffent les enfants!) : 
Ces ateliers inédits de coaching capillaire ont été mis en place depuis l'an dernier par Aline Tacite au sein du Salon by BE et ont pour but de faire de la séance de coiffage un vrai moment privilégié. De nouvelles sessions devraient être mises en place cet été.


Au final, on retiendra que l'acceptation du cheveu crépu, frisé ou bouclé,  va au delà du simple aspect physique et superficielle mais revêt également une dimension culturelle à prendre en considération pour éviter la naissance de complexes chez nos jeunes filles exposées précocement aux pressions de la Société. 

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